Road-trip Harley sur la Route 66. Les USA d'Est en Ouest (troisième partie)

Par Marie et Ludovic Lefèbvre de St-Pierre-Quiberon (56, Morbihan)

La belle aventure de nos héros se termine (JDM n° 111). 5 jours de ride en Californie, avec dans la visière des plages, palmiers et surfeurs, et dans la tête les génériques de séries et films cultes. Après tant de péripéties, c'est la dernière séance, amis lecteurs. Clap de fin… Happy end !

photo gauche

25e jour

Dernière étape de la Route 66. Destination Santa Monica. Pour commencer, sur des dizaines de kilomètres, c'est la misère : maisons abandonnées, terre pelée, véhicules rouillés, en pièces. Conséquence de la crise économique. Nous passons un secteur très industriel et la Route 66 disparaît, nous devons emprunter l'autoroute : un fleuve de voitures et de camions au ralenti sur 8 voies !
Le décor change, finis les sommets rabotés, cette fois ils sont pointus. La route sillonne des vallées profondes. Nous descendons vers Los Angeles. Encore une fois, un orage s'installe, violent. Nous nous abritons sous un pont puis nous repartons.
Los Angeles est enrobée d'une brume colorée. Asthmatiques s'abstenir !

Le saviez-vous ?
La Californie, 3e État du pays après l'Alaska et le Texas, fut le berceau de la ruée vers l'or au XIXe siècle. Aujourd'hui, elle bouillonne d'hédonisme, dans un melting-pot de cultures très favorable aux différentes formes d'art (écriture, photographie, cinéma…).
Le climat, très propice aux tournages en extérieurs, a engendré la naissance des studios les plus connus : Universal en 1915, Paramount en 1916 et Warner en 1923.

Santa Monica

L'agglomération est énorme et le fleuve de voitures ne tarit pas. Au bout d'une rue, entre les immeubles, soudainement, le Pacifique ! Nous y sommes. Premier bain, immédiatement, dans cet océan !
Et puis le panneau de fin de cette Road 66.
Ça nous coûte 64 dollars d'amende pour stationnement illégal… La Mother Road nous en aura fait voir.
Il est tard, nous trouvons un motel de "quartier chaud", minable mais nous sommes fatigués et heureux.
La cloche (traditionnel porte-bonheur de la Route 66) aura bien rempli sa mission.

26e jour

Los Angeles

Notre programme n'étant pas de visiter L.A, la ville du cinéma, nous faisons juste une halte pour voir les lettres "HOLLYWOOD" en vrai ! Pas facile de monter sur cette colline, la route étroite, toute en virages serrés nous rappelle Oatman (voir les épisodes précédents). Mais ici, le seul risque est de tomber dans la propriété d'un milliardaire…
Et nous reprenons notre itinéraire, tranquillement.

Malibu / Santa Barbara 

Road trip Harley sur la Route 66 3 0Arrêt indispensable, nous l'imaginons telle une belle et grande plage de sable fin plantée de palmiers, de surfeurs musclés et de sauveteuses en mer généreuses… Le rêve s'estompe.
Nous sommes un peu déçus, même si la route montagneuse qui descend vers ce lieu si connu passe par un petit canyon ravissant, surtout à moto.
Le bain que nous y prenons est bien agréable, bien qu'une bikeuse française accompagnée d'un bikeur un peu fatigué détonnent un peu en ce lieu. Ici le parking, c'est 5 dollars la demi-heure.

Ensuite, Santa Barbara "tu me diras pourquoi j'ai le mal de vivreeee", autre bain indispensable. Nous sommes prêts à investir ces lieux mythiques de la Californie, à condition qu'il y ait la mer. Puis, salés et rafraîchis, nous étudions notre programme de fin de voyage. Il faut bien une fin. 

Demain nous avons une visite réservée à 7 h 30, le lieu de rendez-vous est à 380 km. Impossible de reporter la réservation, pas question de l'annuler, vous comprendrez pourquoi plus tard…
Alors c'est parti !
Nous remontons de ce bord de mer si prisé pour emprunter la voie la plus directe vers Monterey.
Nous traversons une jolie région vallonnée où l'alternance des vignobles et des ranchs rompt la monotonie du trajet.
C'est en ces lieux, au bout de la Route 66, que Steinbeck a écrit "Les raisins de la colère". Les exploitants agricoles semblent s'en être mieux sortis que les ouvriers…
Ensuite, nous passons par des zones récemment dévastées par des incendies. Dans l'air, l'odeur des feux est encore présente.
Après le littoral, le thermomètre de la moto remonte brusquement et indique des températures à nouveau supérieures à 40°.
Le soleil a disparu, nous sommes sur des routes de montagne.
Puis l'immense plaine maraîchère de Salinas/Monterey nous indique sa présence par l'odeur des engrais et autres produits indispensables à une agriculture sûrement efficace mais dévastatrice...
Le motel est enfin devant nous, il est 23 h.

27e jour, le chant des baleines

Ce jeudi matin, nous partons rapidement vers notre lieu de rendez-vous sur le port de Monterey.
En bons Bretons du bord de mer, nous avons réservé une sortie en bateau dans la baie.
Il fait frais, un pâle soleil tente vainement de réchauffer l'atmosphère.
Le port est désert. En arrivant, nous sommes surpris par des centaines de phoques posés sur le jetée ou nageant paisiblement devant !
Nous embarquons avec une cinquantaine d'autres personnes pour une balade de 4 heures, avec l'espoir de voir... des baleines.
Mer d'huile, beau soleil, le spectacle peut commencer, et il commence ! D'abord quelques dos de baleines à bosses et puis cela devient un festival. Il y en a partout autour de nous !
Le bruit des souffles, le jet de brouillard d'eau par les évents, les mouvements lents des corps qui plongent, la danse des phoques à proximité. Et l'apothéose, une baleine qui joue la danseuse étoile.
Des sauts et des claquements de nageoires sous nos yeux.
Instants forts, c'est surréaliste et très émouvant. Nous rentrons, ébahis par tant d'inattendu.

Nous mettons un certain temps à reprendre nos esprits, puis nous empruntons la Route numéro 1 qui longe la côte. Il fait beaucoup plus frais.
Cette route côtière est bordée de champs de fraises sur des hectares, l'air en est parfumé.
Et dans les sillons de ces immenses parcelles, des hommes et des femmes, en rangs serrés, le dos courbé, font la cueillette de ce fruit si fragile. Nous supposons qu'ils sont payés au poids car nombre d'entre eux apportent en courant leur récolte au camion collecteur.
Nous avons peut-être retrouvé les ouvriers de Salinas, si bien racontés dans certains romans de Steinbeck.
Puis notre route retrouve le bord de mer.
Tôt dans la soirée, nous nous arrêtons dans un motel simple et agréable dans la petite ville de Redwood.

28 et 29e jour, San Francisco 

Road trip Harley sur la Route 66 3 1Dernière journée à moto. Des vols de grues et de pélicans nous accompagnent. S'il y a les traditionnels gratte-ciels, ils sont peu nombreux. La ville est principalement composée de maisons individuelles très colorées, souvent en bois peint, dans un style victorien. L'ensemble est harmonieux et reposant.
Nous allons repérer l’Airbnb du soir, puis direction le célèbre Golden Gate, passage obligé.
Nous nous égarons dans la ville, ce qui nous permet d'apprécier le relief bien connu de ses rues étroites aux fortes pentes. Nous sommes en plein film !
Nous franchissons le pont, pour une fois exempt de brouillard.
Splendide vue sur la baie, immense, sur la ville, accueillante, sur l'île d'Alcatraz, inquiétante.

Après avoir flâné dans les rues du bord de mer aux ambiances portuaires, nous allons rendre la moto chez Eagle Rider. Accueil désagréable, agressif et méprisant.
Pas grave, nous n'en apprécions que mieux l'attitude chaleureuse des Américains rencontrés durant tout ce voyage.
Le soir, sur une idée de notre hébergeur, nous allons au stade de San Francisco pour un match de base-ball de haut niveau : Les Giant's de San Francisco rencontrent l'équipe de l'Arizona.
Ambiance festive et détendue, c'est familial. Les supporters se côtoient avec gentillesse, pas de service d'ordre, beaucoup d'humour. Le football ferait bien de s'en inspirer. À la sortie, comme seul service de sécurité, quelques policiers, à vélo !
Et pourtant les Giant's (3 fois champions du monde) ont perdu. Ne nous demandez pas pourquoi, nous n'avons pas tout compris aux règles de ce sport.
Dernière nuit sur le sol américain, dans un joli quartier aux allures paisibles.

Nous profitons de la journée à San Francisco pour déambuler dans ses rues pittoresques et paisibles, bordées de maisons coquettes décorées avec beaucoup de goût.
De plus, la végétation des jardinets est luxuriante. Nous faisons évidemment un pèlerinage devant la "Maison Bleue" soi-disant adossée à la colline. Sacré Maxime, il nous a bien eus !
Ici, la pente est omniprésente, cela donne un cachet rare à cet ensemble urbain, à commencer par les rues. Et comme toutes les villes, il y a un envers au décor.
Pour ce que nous en avons vu, les hauteurs sont cossues, les bords de la baie sont très touristiques, et entre les deux, il y a tout le reste. Des quartiers administratifs au quartier de la finance en passant par le quartier chinois et celui de la misère. Et ici, la grande pauvreté s'affiche clairement dans la rue.
Nous quittons la Côte Ouest, heureux d'en avoir découvert ses paysages mais ça sent la fin de voyage. Dur dur…

30e jour, clap de fin 

Nous venons de survoler de nuit le pays que nous avons eu le bonheur de traverser à moto.
Promenade dans New-York, nous en profitons pour faire un saut à Central Park. C'est bien sûr rempli de New-Yorkais et de touristes qui s'y promènent, à pied, à vélo, en calèche, en barque ou en roller. Ambiance paisible dans ce parc gigantesque situé en plein milieu de Manhattan. 

Et puis c'est le retour à l'aéroport JFK. Nous quittons pour de bon les États-Unis, en empruntant un vol de remplacement (logistique aérienne…) qui nous mène directement à Paris.
Et enfin, c’est Flixbus direction Vannes, avec un chauffeur quelque peu caractériel.
La fin du projet, le décalage horaire, le changement de rythme bref, la rupture après ces trente jours d’aventure merveilleuse est soudaine. 

Voilà, notre incroyable road-trip est terminé, que d'émotions… Et le plaisir d'avoir partagé avec vous, amis lecteurs, nos aventures au fil de ces 3 numéros du JDM. Nous espérons vous avoir fait rêver et vous avoir donné l'envie de tenter ce défi. 

Road trip Harley sur la Route 66 3 2

Un fabuleux voyage aux USA à lire ou à (re)lire : 

Sacoche réservoir complète,
Deuxième partie,
Première partie.

 

signature cendrillon


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